Ta vie s'échappait...

 

Ce qui te restait de vie s'échappait

sans que rien ne puisse la retenir .

Tellement que moi,  j'avais presque honte de ma santé...

Ta façon discrète de l'envier,

ton regard anormalement soutenu

comme pour fixer mon souvenir

éternellement dans ta tête,

ça me glaçait...

Je ne comprenais que trop bien.

 

Ça fait déjà plusieurs mois que tu nous as quittés

mais je tiendrai toujours

la promesse que je t'avais faite,

soit de vivre doublement ,

d'ajouter à ma vie les années

qui t'ont été enlevées...

 

J'essaie de ralentir la vitesse des jours

pour mieux découvrir la richesse des paysages,

la beauté des fleurs, la force des gros arbres,

la saveur de quelques framboises sauvages

le long d'un sentier...

 

Je me réjouis du son de la rivière en forêt

de la limpidité de son eau, de la vitalité de l'oiseau,

de l'agilité de l'écureuil,

des féériques couchers de soleil sur la mer...

 

Jusqu'à satiété,  je m'émerveille

devant la fleur sauvage toute timide

qui pourtant n'en finit plus

d'être éclatante de beauté...

beauté et fragilité comme la vie...

 

Je m'immobilise pour mieux déguster

mes émotions, mes sentiments...

Je ramasse à la brassée

les joies de vivre, d'aider,

aussi d'atténuer les moments de désespoir

de ceux dont la vie s'échappe prématurément,

comme c'était ton cas.

 

Je fais provision de nouvelles images,

de délicieuses mélodies, de sourires,

de moments chaleureux...

 

Et ceci, pour qu'à la fin de ma route,

je puisse aller te porter tout ça,

comme un immense bouquet aux savoureuses couleurs,

te raconter, te décrire, te faire revivre chaque détail,

sur le bord d'une quelconque rivière éternelle,

dans un coin céleste au décor de ton choix,

à saveur d'une éternelle St-Valentin,

dans un joyeux face-à-face dont je m'amuse parfois à rêver...

En attendant, garde-moi une bonne place ,

on pourrait en avoir long à dire...

 

Par Jean-Marie Pitre, m.d.

 

Commentaires de Jean-Marie: (mon médecin traitant)
Pendant plus de 35 années de médecine familiale, j’en ai vu des yeux hagards
s’agripper à la vie, aux personnes, aux objets qui les entouraient, tandis que
d’autres yeux, tellement impuissants, s'accrochaient à ces regards s'affaiblissant...
Lorsque des messages sont lus dans de tels regards on comprend mieux qu'avec
n'importe quels mots. Et ces regards suppliaient de vivre pleinement la présence
des êtres qui nous sont chers pendant qu'ils sont rayonnants de vie, et surtout,
SURTOUT d'apprécier, de "soigner" sa santé qui vaut 100 000 fois l’or et les
diamants? On ne s’aperçoit de toute sa valeur, justement… que lorsqu’elle est
perdue, ou bien quand un fatidique "X" s’est imprimé dessus.


J'en ai entendu des témoignages pathétiques et j'avais promis à plusieurs patients
que j'essaierais de transmettre une de leurs dernières volontés dont voici à peu
près la formulation: « Répète à qui voudra l'entendre, de ne pas attendre qu'il ne
soit trop tard pour apprécier au maximum la VIE avec toute sa VALEUR!!!…Il
faut être rendu dans notre situation pour en comprendre exactement toute
l'ampleur…»

Merci infiniment, Jean-Marie, de m'avoir permis d'utiliser
ton texte aussi touchant dans mes "douceurs du coeur"...

 

Pour envoyer cette page !